Critique musicale: Taiwan MC – Cool & Deadly ( 2016)

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Les débuts : des collaborations, des rencontres et une rencontre

Tenter de tirer le portrait de celui répondant au pseudonyme de Taiwan MC revient à coucher sur le papier les étapes d’un parcours semblant à la fois riche et singulier. Un parcours débuté à l’aube de l’an 2000, le maitre de cérémonie venant, quelque temps plus tôt, de poser ses bagages dans la capitale, et profondément empreint de styles et influences multiples allant du Jazz, au Rock, au Ska, au Reggea, au Rap, au Dancehall ou encore au Drum&Bass pour ne citer qu’eux. Ces tribulations musicales s’accompagnent d’également de nombreuses rencontres qui, pour certaines, se révèleront déterminantes et formeront les  jalons d’une carrière en devenir à laquelle nous nous intéressons aujourd’hui.

Comme nombre de ses paires dans le milieu musical, le futur Taiwan MC né au sein d’une famille comptant déjà de nombreux musiciens. Jeune, il s’intéresse à la pratique de différents instruments, la batterie et le piano notamment, tout en s’astreignant à l’étude du solfège. A l’adolescence, ce sont ses capacités vocales qu’il met à l’épreuve, étant à l’époque le chanteur d’un groupe de Rock. Si le Rock est l’un des premiers genres musicaux au travers desquels s’exprime le jeune homme, celui-ci ne tarde pas à découvrir l’univers des sound-systèmes, des Disk-Jockets et à y porter une oreille des plus attentives. Ainsi, revenant sur ses débuts à l’occasion d’une entrevue accordée à Marylou Thirache pour le site popencorne.com en décembre 2014, il déclare :

« Dans ma famille, il y a beaucoup de gens qui font de la musique. J’ai fait de la batterie, du piano et du solfège quand j’étais petit. Après j’ai arrêté mais je pense que ça m’a quand même motivé et inspiré quand j’ai repris.  J’ai aussi chanté dans un groupe de rock quand j’étais adolescent. Après j’ai découvert l’univers des soundsystems, des DJ et ça m’a vraiment intéressé, je voulais absolument en faire partie, je voulais être DJ, chanter et tout. Mais au final je suis devenu MC parce que c’était galère d’acheter tout le matériel, les platines et chanter c’était assez naturel. »[1]

Pour faire partie intégrante de ce milieu qui l’attire, le jeune phocéen prendra la direction de Paris, s’y installant à la toute fin des années 90. Là-bas, il commence à graviter dans le monde des nuits parisiennes, prenant part à diverses soirées ou assistant à divers évènements et concerts, quand il n’en organise pas lui meme. Il est en effet à la baguette de nombreuses soirées Drum&Bass , « I love Jungle », « Cool & Deadly »  et « Black Label »[2]. Sur cette époque, il confie :

« Quand je suis arrivé à Paris à la fin des années 90, j’allais à l’Espace Massena ou à l’Espace des Peupliers. J’allais autant en sound system que dans les raves parties. Les soirées drum and bass étaient pour moi ce qui rassemblait tout ce que j’aimais, avec les grosses basses du dub, du dancehall, et la folie de la musique électronique et de la techno. J’ai toujours bien aimé ce mélange et dans ce que je fais aujourd’hui on retrouve un peu cet esprit-là. Je suis venu plus tard aux soirées dub UK, pour me rendre compte qu’il y avait autant de basses, sinon plus, que dans les soirées drum and bass. J’ai vu Iration Steppas, Blackboard Jungle, et ils m’avaient vraiment scotché avec leurs sonos qui se foutaient de la limitation de décibels. Un autre moment qui m’a marqué, c’est quand j’ai vu Conscious Sounds, avec le chanteur King General. [3]

Je faisais des soirées Cool & Deadly avec mon collectif (soirées à Paris qui ont accueilli Jahtari, Mungo’s, et bien d’autres, ndlr). J’étais MC, un peu selector. J’ai toujours écouté du reggae et aussi beaucoup de drum n bass, je suis arrivé un peu à la scène par ce milieu des free parties. Je me suis vite intéressé au tournant plus groove de la techno c’est-à-dire la drum and bass et tout ce qui venait d’Angleterre, puis le dubstep quand c’est arrivé en France. »[4]

Se muer en organisateur de soirées aura permis à Taiwan MC de faire un soir une rencontre qui s’avèrerait somme toute déterminante pour lui : celle du DJ , Beatmaker et multi-instrumentiste Son Of A Pitch (SOAP) qui plus d’une fois s’est fait remarquer par ses nombreuses collaborations à succès. Depuis ses débuts, Son Of A Pitch a travaillé avec des artistes aux styles divers et variés, citons parmi ceux-ci : les jamaïcains Ward 21, la chanteuse Anouk Aiata, ou Biga*Ranx, Oxmo Puccino, Yoshi di Original, Féfé, Joseph Cotton, Vicelow, Gérard Baste, Blake Worrell (Puppetmastaz), Phases Cachées, Rouda, Naâman, Scars, Tomawok, RacecaR, Blackout JA ou encore la chanteuse Tritha. Il s’illustre aussi en tant que compositeur de musique de jeux vidéo ou de bandes originales de films. C’est notamment à Son Of A Pitch que l’on doit la bande son du film de courte durée Les petits cailloux, œuvre de Chloé Mazlo, lauréate du César du meilleur film d’animation en 2015. Il a également fondé Audiolingus, son propre label discographique[5].

Revenant sur cette rencontre, il confiera :

[On s’est rencontrés] par la Drum’n’Bass, le milieu dans lequel j’étais avant. Pendant les années 2000, je crois qu’on s’est croisé la première fois devant le Rex, je distribuais des flyers pour les soirées que j’organisais à l’époque « Cool & Deadly » et lui allait au Rex, on a discuté comme ça. Il écoutait beaucoup de Ragga/Jungle et vu que c’était moi aussi mon style de prédilection, on s’est vite retrouvé […][6]

Toujours au sujet du DJ, il poursuit :

«On partageait le mêmes goûts musicaux. A l’époque cette scène était toute petite à Paris. Du coup tu croises toujours les mêmes têtes »[7].

La rencontre et les affinités existantes entre les deux artistes se concrétiseront assez logiquement par une première collaboration musicale, et ce par l’entremise de Radio Génération alors que celle –ci avait chargé SOAP de la réalisation d’un mix. Le beatmaker cherchait à ce moment-là une voix, celle de notre maitre de cérémonie taiwanais a fait l’affaire ![8] La réalisation de cette mixtape scellant du même coup le début d’une riche collaboration qui aujourd’hui encore se poursuit.

Si la collaboration entamée avec SOAP est des plus significatives, et depuis ses tout débuts, en 2004, aux côtés de DJ Pitch-in, qui lui donne l’occasion de frotter son flow au Dubstep, à l’Electro et au Drum and Bass entre autres, MC Taiwan a aussi su porter son concours à différents projets artistiques et musicaux différents, enrichissant ainsi du même coup sa propre palette musicale. Ces premières années ont donc vues le maitre de cérémonie travailler sur des musiques ambiantes et expérimentales avec French Fries, sur un projet Dubstep avec YuDunno, aux côtés des parisiens du groupe Liquid Wicked, exploirer les racines du reggea en participant aux soirées Cool & Deadly ou encore avec Don Youth et Jamalski pour nous proposer de découvrir une musique empreinte d’influences Dancehall.[9]

Tant d’expériences, d’influences diverses et variées formant aujourd hui les matrices musicales d’un style, d’un univers se révélant tout à la fois riche, complexe et, en un mot : personnel. C’est en effet en ces termes que notre homme décrit son univers :

« Quand j’étais petit, ma maman écoutait beaucoup de jazz. A l’adolescence ce sont mes cousins qui m’ont fait découvrir le reggae. J’ai découvert la drum&bass en rave. J’ai beaucoup aimé la jungle aussi.  Les influences, c’est la rencontre avec les gens qui te font découvrir de nouvelles choses »[10]

« [Mon univers], c’est du reggae avec beaucoup d’influences soundsystem, de la techno, de la drum’n’bass. C’est un peu de la bassmusic comme on dit maintenant et ça englobe beaucoup de choses. J’écoute aussi beaucoup de jazz et d’autres musiques totalement différentes de mon univers mais je fais plutôt du reggae électronique. »[11]

Décrivant son univers, l’homme nous en apprend également plus sur le choix et l’origine de son pseudonyme :

« Y’a plusieurs réponses et raisons. J’étais super fan d’un mec qui s’appelle Toyan, un chanteur jamaican, Ranking Toyan. Au tout début je m’appelais Ranking Taiwan. Après c’est parce que je fumais de la beuh : la thai et comme j’étais fan de graffiti et que tous les taggeurs avaient un –one ou –oner accoler à leur nom, ça a donné Taiwan MC. »[12]

La carrière de Taiwan MC prendra toutefois un tournant significatif à l’orée de l’année 2009 et de sa rencontre avec le groupe marseillais Chinese Man. A cette époque, le combo travaille à des compositions devant échouer sur ce qui un peu plus tard deviendra Racing with The Sun, leur quatrième opus, sorti en 2011 sur leur propre label. Le groupe le sollicitera plus particulièrement pour travailler autour d’une composition, connue aujourd’hui sous le titre Miss Chang, et d’y poser sa voix. Il accepte, et retrouve même à l’occasion de cet enregistrement son acolyte SOAP. Ce featuring sera une véritable aubaine, l’homme devenant par la suite définitivement membre et MC du groupe, avec lequel il se produit désormais sur scène, participant entre autres, à une tournée de quelques 120 dates entre France, Europe, Asie et Amérique Du Sud[13]. Notons qu’il est également signé sur Chinese Man Records en tant qu’artiste solo depuis lors.

Revenant sur ses débuts avec Chinese Man et sur sa signature avec le collectif, il déclare :

« [Je suis avec Chinese Man] depuis 2009/2010, c’est l’époque où on m’a envoyé l’instru « Miss Chang » de Chinese Man pour que je pose dessus. On se connaissait pas encore à l’époque, ils m’ont proposé ensuite de faire des featuring non seulement sur le disque mais aussi en live. Je suis donc devenu leur MC de scène, leur frontman et maintenant il y a un deuxième MC qui m’a rejoint. »[14]

Insistant sur le travail et l’apport personnel de Son Of A Pitch, il ajoute :

« Quand Chinese Man m’ont proposé de faire le featuring sur « Miss Chang », j’ai été directement chez SOAP pour enregistrer car je n’ai pas de home studio chez moi. Et c’est aussi son taff, il est DJ, beatmaker, réalisateur d’album, il sait faire le boulot d’ingé son et aussi le boulot de composition, il est assez complet en studio. »[15]

Voyage en « solitaire » : premières étapes

Avoir rejoint le groupe et le label incita très certainement Taiwan MC à concrétiser ses envies de production en soliste, apportant le coup de semonce et l’impulsion nécessaire et faisant du même coup s’estomper le manque de confiance en lui qu’il ressentait encore fortement avant de rencontrer l’équipe marseillaise. Sans détour, il livre au sujet de Chinese Man Records et sur l’implication de ce label :

 « J’avais fait des featurings à droite à gauche, mais pendant longtemps j’ai eu comme un manque de confiance en moi, je faisais un morceau puis je me disais « ah non il est nul » puis le morceau restait dans un ordinateur et sortait jamais. Là c’est différent, avoir un label qui te dit quel morceau est bien, s’il peut sortir, c’est motivant ! Puis Chinese Man Records a produit, ils ont mis l’argent pour qu’on puisse presser des disques. […][16]»

 «  [Chinese Man Records] c’est un truc familial, on prend les décisions ensemble. Il n’y a pas de pression ou de hiérarchie. Il y a une grosse liberté. Mais quand ils n’aiment pas un riddim, ils me le disent. Je me rappelle qu’au début, quand j’avais proposé mes maquettes pour « Heavy This Year », ils n’étaient pas très emballés. Je les remercie aujourd’hui, parce que ça t’oblige à aller plus loin, à être meilleur. Une liberté totale peut aussi être dangereuse dans le processus de création. On a un bon équilibre, ils interviennent sur les points importants, ils proposent des solutions, des artistes qui travaillent avec eux depuis longtemps (…). C’est une bonne plateforme pour exposer ses projets. Si demain je leur parle d’une envie, ils sont ouverts à toute proposition (…). [17]»

 « Plus d’une dizaine de personnes bosse pour le label Chinese man Records en général, elle bosse pour Deluxe, pour Chinese Man, pour moi et pour d’autres artistes qui sont aussi sur le label. On fait ça de façon indépendante, on a notre propre booker, notre propre manager, notre propre équipe de com. »[18]

C’est le 1 juin 2013, sur le label Chinese Man Records, que sort Heavy This Year[19], première réalisation discographique signée Taiwan MC, Extendetaiwan-mc-heavy-this-yeard Play renfermant 6 titres. Six titre aux musiques toutes composées, ou retouchées par SOAP avec les concours, pour certaines d’entre elles,  de Taiwan MC, Chinese Man, Matthieu Seignez, Jeremy Cassier ou encore I.N.C.H. Les vocaux sont eux dus au maitre de cérémonie, qui, sur quatre des six titres que compte ce maxi, partage le chant avec ABBBA MC, Biga Rank, CYPH4 et Plex Rock. Le tout donne à découvrir un ensemble pour le moins hétérogène, tant vocalement que musicalement, mais à la production et au son de qualité conférant à ce premier recueil de morceaux plutôt enjoués ce qu’il faut d’homogénéité pour rendre son écoute la plus agréable et accrocheuse possible. L’auditeur se surprendra à découvrir sur ce disque nombre d’effluves Jazz, souvent, et habilement, distillées par la section de cuivres par exemple. Le pari semblait des plus osés, le résultat ne déçoit pas et n’en est que plus appréciable, mis en valeur, qui plus est, par un travail graphique de très bonne facture dû à Julien Loris dit Ouikid.

De cet ensemble, la presse retiendra la qualité et le flow jugé « inimitable » du chanteur, sa grande adaptabilité face à nombre de styles différents et soulignant  à propos les multiples influences se côtoyant joyeusement sur ce disque, Taiwan MC n’ayant pas hésité à s’aventurer sur des terres aussi diverses que celles de l’Electro, du Drums & Bass, du Dubstep, du Hip-Hop ou du Ska. Elle relève aussi un sens certain du groove ainsi qu’un travail intéressant réalisé autour des sons de basses[20]. Un contenu pouvant plaire à tout amateur de Reggae quel qu’il soit, ce style en étant évidemment la matrice principale. D’ailleurs, rappelons que Taiwan MC avait, à l’époque de sa sortie, qualifiait Heavy This Year de disque à l’esprit plus reggae que rasta et véritable condensé de ce qu’il préfère en musique[21].

Revenant plus tard sur son premier disque « solo » et la grande diversité de celui-ci, Taiwan MC confiera :

« [La diversité] c’était une volonté. J’ai toujours chanté du reggae, mais rarement en posant sur des instrus reggae. Plutôt sur des instrus hip-hop, drum and bass, funk… J’adorais le reggae, mais je n’étais pas assez doué pour me permettre de faire du reggae roots. Mon but était de m’inspirer de ça en le transposant sur d’autres styles de musique. Avec « Heavy This Year », l’idée était un peu de faire une démo, montrer toute l’étendue de ma palette. Aussi, les premiers morceaux que j’ai proposés n’ont pas trop plu au label. Il a fallu faire des choix, il y avait une démarche consciente de faire un objet particulier. »[22]

Bien accueillis tant par la presse que par par les amateurs de musique Reggae, Hip-Hop ou autres, Heavy This Year aura permis à son auteur de se singulariser définitivement, se détachant plus ou moins formellement de Chinese Man et laissant derrière lui ses seules apparitions sur featurings, commençant du même coup à se faire connaitre d’un plus large public.

Taiwan MC nous reviendra en fin d’année suivante, au début du mois de décembre 2014, époque où est commercialisé, sur le label Audiolungus cette a2395790948_10fois, One Last Dance[23], duo, au riddim composé par Samity, réunissant pour l’occasion notre homme et la chanteuse parisienne Anouk Aiata. Et c’est cette dernière qui se taille la part du lion sur ce titre, tant sa prestation vocale, aussi suave que sensuelle et empreinte de chaleur, se trouve mise en avant. Une voix féminine apportant un magnifique contrepoint au flow vivace, ici fortement empreint d’accent Hip-Hop, du chanteur. Une ballade romantique, déroulée sur une rythmique et un riddim Dub, matinée par des accords joués au mélodica qui apportent à cette composition ce qu’il faut de douceur. Un titre qui, au cœur de l’hiver, aura eu le mérite de se faire remarquer et, surtout, de réchauffer nos oreilles.

C’est au début du mois de decembre 2014, soit plus d’un an après la sortie de son premier maxi que Taiwan MC nous revient, avec sous le coude Diskodub[24], nouvel Extended Play proposant huit nouveaux titres (6 sur le format vinyl) et étiqueté comme son prédécesseur, Chinese Man Records. Avec cette nouvelle réalisation, l’artiste semble avoir voulu ancrer plus avant son travail dans la recherche, la conception et l’expérimentation sonore. De meme, le chanteur semble s’être ici investit plus que précédemment, ce disque révélant ses premiers pas en tant que compositeur[25], Taiwan MC signant seul ou cosignant, avec SOAP, trois des titres présentés sur Diskodub. Si avec cet opus Taiwan MC affirmait vouloir faire quelque chose de singulièrement diffèrent, il a en revanche pu une nouvelle fois compter sur ces fervent acolytes que sont SOAP, bien sûr, mais aussi Chinese Man (le groupe portant son concours à la composition d’un titre) ou Dreadsquad et Julien Loris qui, une fois de plus, est parvenu à produire un visuel du plus bel effet.10712735_1427219340832049_7539946575394049338_n

SOAP demeure le grand orchestrateur du projet, celui-ci s’étant à nouveau attelé à l’enregistrement et au mixage du disque dans son propre studio. Le mastering est lui du à Blanka.

Avec Diskodub Taiwan MC affirmait sa volonté de produire cette fois un disque de Reggae digital mariant les influences Disco, Funk et Dub et confesse également avoir particulièrement veillé à la qualité sonore de l’ensemble. Revenant sur la conception générale de ce maxi, il confiera, dans divers interviews :

«  Je voulais faire un album de reggae digital. Ce sont des influences, le reggae digital. Il y a aussi la funk et le disco sur le titre Diskodub. C’était la 2e ligne directrice de l’album. Quand on considère la production musicale électronique des années 80, on voit que ce sont les mêmes sons, les mêmes synthés, presque les mêmes éléments qui sont utilisés à la fois dans la funk et dans la proto-house, dans les musiques électroniques qui arrivent et déboucheront sur la techno[….]. Ils utilisaient les mêmes samples, les mêmes sirènes, les mêmes effets un peu bizarres sur les voix… Ça m’intéressait de mettre en avant ce mélange entre le reggae et la funk et le disco.[26]

« Sur le premier EP, j’avais composé la base du riddim de Gunshot Again, que SOAP a entièrement repris. J’avais donc un peu travaillé sur l’EP mais c’était quand même léger. J’ai trois compositions sur « Diskodub », qui ont aussi été retravaillées par SOAP[27] ».

« [Composer], ça faisait longtemps que je voulais faire ça. Avant j’étais toujours le mec assis sur le canapé pendant que les autres faisaient du son sur ordinateur et sur les machines et moi je ne savais pas exactement comment faire donc je donnais mon avis. Depuis que je sais produire j’ai appris à me servir moi-même des logiciels. Je suis hyper content: c’est ce que je préfère faire, faire de la compo. C’est ce vers quoi je tends et c’est que j’aime le plus : produire et composer »[28].

« Je suis super content parce que le premier EP sonnait pas aussi lourd que d’autre production sur vinyle, mes amis DJ devaient le mettre un peu plus fort. Tandis que sur Diskodub j’ai pris beaucoup de temps pour faire en sorte qu’il sonne lourd, qu’il soit jouable par des DJs. On s’est pris la tête sur le mastering, sur le mixage ».[29]

A sa sortie, la presse retiendra de Diskodub son apparat Disco, prêt à faire danser l’auditeur[30], les débuts du MC à la composition, le rôle prépondérant de Son Of A Pitch, l’absence totale de duos, la présence de riddims d’excellente facture, l’emprunt judicieux au répertoire classique du genre[31] et un habile mélange opéré entre des genres comme : Le Reggae, le Disco, le Funk, la Jingle, le Dancehall ou bien le Dub Steppa Psychédélique[32]. On peut également souligner l’excellente qualité de la production et l’unicité de ce qui nous est proposé sur cet E.P. et ce malgré une profusion de genres explorés. L’ensemble est enjoué, rythmé, très efficace…en un mot : réussi.

Les E.P. Heavy This Year et Diskodub, quoique singulièrement différents l’un de l’autre, furent donc tous deux remarqués et appréciés, tant du public que des critiques et semblaient, assez logiquement, ouvrir la voie à la réalisation d’un opus longue durée depuis longtemps attendu par beaucoup.

A la question de savoir quand sortirait son premier album solo, voici ce que le maitre de cérémonie répondait :

« C’est la question de tous les journalistes ! (…) Je suis très difficile avec moi-même, c’est pour ça que j’ai sorti peu de choses à mon âge. J’ai toujours été très critique, j’ai fait plein de morceaux qui ne sont jamais sortis. Pour sortir un album, faudrait que je fasse 25 morceaux pour en garder la moitié… Et en plus je suis fainéant ! (rires) Le format digital et le fait que les gens écoutent la musique en ligne font que je trouve que le format album est un peu long. (…) Pour moi c’est une œuvre d’art intense, il faut un concept. Ce n’est pas pour tout de suite, mais un jour, j’en ferai un ! »[33]

Ce jour tant attendu a donc fini par arriver, au début du mois dernier. L’album Cool & Deadly[34] étant désormais disponible, nous allons nous y attarder ci-après.

Cool & Deadly : vers l’œuvre d’art intense ?

C’est le 7 octobre dernier que Cool & Deadly est arrivé dans les bacs des disquaires. Comme toute production labélisée « Taiwan MC », cette nouvelle collection de titres fut enregistrée et mixée par Son Of A Pitch, l’artiste vedette portant sur plusieurs titres son concours à cette tâche. C’est ensuite à Blanka, fidèle au poste, lui aussi, qu’à incombé le mastering de cette galette, dans l’enceinte des studios Kasablanka Masterings[35]. La lecture du livret accompagnant le disque nous révèlera que SOAP à également pu faire étalage de toutes ses capacités musicales, l’homme étant derrière la console mais officiant aussi en tant que pianiste, organiste, saxophoniste ou s’occupant du mélodica. Une section de cuivres fut confiée aux bon soins de Brice Mascardina et Mr Raf, les futs à Marc Pujol tandis que guitares et guitares basses se retrouvèrent dans les mains de Matthieu Seignez[36].

Semblant quelques peu renouer avec les expériences passées, Taiwan MC a su convier à la fête nombre de ces paires, certains faisant même leur retour à ses côtés pour de nouvelles collaborations.  Se côtoient sur Cool & Deadly : Chinese Man,  Youthstar (second MC de Chinese Man), Tumi, Cyph4, Miscellaneous, DJ Idem, DJ Nix’On… Galant, notre homme laisse également voix au chapitre aux chanteuses Paloma Pradal et Anouk Aiata[37], dont les contributions à ce disque sont plus qu’appréciables et réussies.

Cool & Deadly se révèle être un opus pourvu d’une production irréprochable et de très bonne facture. Il semble évident, après écoute, qu’un soin des plus méticuleux fut porté tant au mixage qu’au mastering de cette collection de chanson. On appréciera tout particulièrement la mise en valeur des différentes parties jouées par la section de cuivre, les lignes de basses suavement soulignées, les percussions bien présentes sans jamais se faire envahissantes ou encore le travail réalisé non sans finesse autour des différentes voix, féminines en particulier. L’ensemble est donc  très propre, carré et fort calibré. Trop dirons peut-être certains. En effet, même si ce son est d’une qualité indéniable, peut être aurions-nous apprécié de trouver sur cet opus un titre ou deux au son plus brut, moins lisse et peaufiné…Ceci n’affectant en rien le plaisir que l’écoute de cet album peut procurer, Cool & Deadly se révélant un album fort appréciable.

Cool & Deadly s’ouvre sur Faya Cyaan Done, titre interprété avec les comparses de Chinese Man. Ce morceau débute par un gimmick de cuivres en introduction auquel s’ajoute vite un son de basse massif et enjoué, bien mis en valeur par l’intervention à propos du piano et secondé par des percussions martiales et non envahissantes qui impriment un rythme des plus réguliers à ce titre mid-tempo. Le chant est enlevé, vivace et se plaque parfaitement à se riddim à la fois simple et efficace. Un bonne entrée en matière que ce titre bref, d’à peine plus de trois minutes.

Sur Money In My Pocket, le titre suivant, c’est avec Tumi et DJ Nix’On que Taiwan MC partage l’affiche. Le titre se signale par un gimmick de trompette joué en ouverture, ce qui n’est pas s’en rappeler le titre précèdent. Le piano n’est lui non plus pas en reste et donne à entendre de bons accords. Les voix graves et chaudes prennent entre autres appui sur une ligne de basse bien présente et intelligemment soulignée par quelques discrets ornements joués au clavier. Les cuts de ce titre, au rythme lent et aux percussions plutôt discrètes, fortement teinté d’influences urbaines  Rap/Hip-Hop,  demeurent de bonne facture.

C’est la chanson A Mi Lado qui arrive ensuite et se signale par un  bon gimmick joué conjointement par les cuivres et la guitare basse. Le chant de Poloma Pradal, présente sur cette composition au même titre qur DJ Idem et Miscellaneous, est ici magnifiquement mis en valeur tout en contrastant efficacement avec celui de Taiwan MC. La chanteuse insufflant à ce titre une profondeur et une sensualité certaine. La boucle instrumentale structurant le morceau se veut simple et efficace, enjolivée par les accords joués par l’orgue et les cuivres. On remarque que, sur cette composition, les percussions se font un peu plus présentes que précédemment. Une réussite !

Le titre Your Lovin’, en featuring avec Anouk Aiata, qui fait son retour auprès de Taiwan MC, prend la suite. L’ensemble débute sur une excellente introduction de basse et percussions, le piano s’y joignant, permettant du même coup aux deux voix de se poser et de se « répondre ». La six cordes délivrant elle de discret motifs, mettant habilement en valeur cet écrin des plus simples et appropriés à ce titre à l’ambiance très « roots » et au refrain très efficace. Le rythme est lent ce qui contraste avec la vivacité des voix présentes sur ce titre, titre sur lequel la section de cuivres semble plus en retrait. Un titre aussi appréciable que le précèdent !

Le voyage continue ensuite avec Dem A Wonder, une chanson pourvue d’une bonne introduction, faisant la part belle à la batterie et au clavier, un motif sur lequel vient se plaquer joliment la voix du chanteur. Ce titre, au tempo plutôt modéré, donne aussi à entendre un bon gimmick d’orgue et de percussions. L’ensemble est souligné à propos  par les motifs délivrés par le trombone et la trompette. La guitare, bien que présente ici, se fait relativement discrète.

Judgement, le titre suivant, s’ouvre sur un léger motif de batterie immédiatement suivi par quelques accords de clavier. Le morceau est aussi marqué par la présence de la basse et de l’orgue, tous deux délivrant des lignes à la fois massives et lascives. La section de cuivre, elle, mais plutôt agréablement en valeur le chant de Taiwan MC, donnant cette impression de « l’encadrer » à propos. Une flute saura se faire entendre vers le milieu du morceau, y apportant une touche baroque et légère.

Bubblin’ Prend la suite et donne à entendre en introduction un intéressant gimmick joué conjointement par l’orgue et la batterie. Un rythme plutôt lent, gagnant toutefois en vitesse sur un très bon refrain, se verra ensuite imprimé par la basse. Par belle est ici une nouvelle fois donnée à la voix profonde, sensuelle et douce d’Anouk Aiata dont la seconde prestation se révèle tout aussi convaincante et appréciable que celle réalisée plus tôt dans l’album, sur le titre  Your Lovin’. Les contrastes vocaux fonctionnent une nouvelle fois à merveille sur cette composition. Notons qu’un mélodica se fraye un chemin et se fait entendre au milieu de ce titre, joliment soutenu par des accords de clavier empreints de légèreté. Un excellent moment pour une réussite de plus !

On appréciera ensuite l’excellente partie vocale du titre Big Bag, dont l’introduction se révèle elle aussi intéressante. Le piano délivre une nappe harmonique plutôt discrète sur ce titre aux percussions légères et au ton baroque, lourd et au rythme régulier. Un titre qui, lors des concerts, devrait se révéler propice à quelques beaux moments d’improvisations.

Les nombreuses et riches influences Jazz de Taiwan MC semblent de mise sur Wobble Ballad, la composition suivante. C’est une trompette munie d’une sourdine qui nous livre un phrasé enjoué, expressif mais doux. Celui-ci n’est pas sans nous en évoquer un autre, connu de tous mélomanes… Le riddim est plaqué à propos sur une impressionnante ligne de basse qui imprime à cette chanson un tempo faussement lent, le clavier distillant une touche de vivacité à cet ensemble musical aux percussions martiales, carrées mais discrètes.

Catalina, premier extrait exploité de ce disque, et seconde chanson à laquelle prend part Paloma Pradal, arrive ensuite. Un titre vif, enjoué et ensoleillé, porté par une prestation remarquable de Pradal. L’un des titres les plus réussis du disque, pourvu d’une introduction de bon ton,  au son de basse et percussions semblant minimaliste. Un bon moment et un single aussi dansant qu’efficace et qui, de plus, aurait très bien pu ne j’aimais être enregistré par le duo ! En effet, au détour d’une entrevue, Taiwan MC révèlera, au sujet de son enregistrement :

« Catalina, le single, a été enregistré presque par hasard. Paloma Pradal était venue au studio pour faire le refrain d’A Mi Lado, et elle l’a exécuté avec brio, il faut savoir qu’elle vient d’une famille de musiciens et qu’elle chante à peu près depuis l’âge de 4 ans, donc un refrain de 8 bars sur une boucle hip hop ne lui fait pas peur.

La session était finie on était contents, mais elle avait encore envie de chanter, on lui a proposé d’essayer de chanter avec l’autotune, un effet qu’on aime bien utiliser même si ça s’entend pas toujours, sur du dancehall, un style qu’elle n’avait jamais pratiqué… elle était motivée, Soap lui a sorti cet instru’ à laquelle on ne croyait pas vraiment, et en 5 minutes c’était plié, on avait un tube. Et tout ça pendant que j’étais sorti fumer un spliff ! Comme quoi on a beau planifier tt ce qu’on veut, le hasard reste un des boss de la création ! »[38]

Cool & Deadly se referme sur Murder Sound, sans conteste le titre le plus expérimental et long de l’opus sur lequel se joignent au chanteur taiwanais : Youthstar (seconde voix de Chinese Man), Cyph4, DJ Idem et Miscellaneous. Une composition qui donne à découvrir une bonne boucle de basse et une instrumentation assez « urbaine ». Un titre sympathique mais qui tant dans le son que dans son format semble dénoté quelque peu du reste de l’album, sans que cela ne nuise ni à sa cohérence ni à sa qualité globale.

Enfin, accordons une attention particulière au riche travail graphique et à la mise en page soignée accompagnant pochette et livret. Une jaquette sur laquelle personne ne semble manquer à l’appel et trombinoscope parfaitement dans l’esprit du disque. Les dessins pléthoriques et foisonnants de Julien Loris laisseront entrevoir, pour qui à l’ œil, comme une ligne directrice existante entre Cool & Deadly et le très réussi Heavy This Year, un crayon affuté pouvant suffire. Une très belle œuvre graphique que ce Cool & Deadly, qui à elle seule peut justifier l’achat du vinyl.

« When I see you dance in the moonlight,

Girl I want you to be mine

When I see you mouve in the starlight,

I want you to be mine for a while »

*****

Avec Cool & Deadly Taiwan MC nous donne à découvrir un premier opus longue durée de bonne tenue, riche, dense et abouti, s’inscrivant dans la droite ligne des explorations musicales entamées à l’orée de l’année 2013, creusant habilement son sillon tout en ayant eu la sagesse de bien s’entourer pour mener à bien son projet. Il parvient entre autres à marier, Hip-Hop, Reggae, Dancehall, Jazz et Electro pour un résultat aussi appréciable que convaincant. Un opus réussi, ideal pour réchauffer nos longues soirées d’hiver, gage d’un avenir au singulier plus que prometteur si le chanteur garde ce cap.

Les amateurs de Reggae et de Hip-Hop peuvent sans problème accorder de l’attention à ce disque, les autres pourront se laisser séduire par ce travail bien réalisé, bien produit et aux multiples facettes. Un disque pouvant tout à fait nous sustenter, nous  faire patienter avant, entre autres, l’arrivée du prochain L.P. de Chinese Man.

Si il est de bon ton d’adopter une attitude des plus circonspectes quant à la qualité générale de produits manufacturés labélisés « Made In China » ou « Made In Taiwan », ce que d’aucun songerait à nous reprocher, l’acquisition de ce Cool & Deadly peut-elle se faire en toute confiance. Un album réussi, qui réchauffe et fait du bien !

Liste des pistes :

01 – Faya Cyaan Done (feat. Chinese Man)

02 – Money In My Pocket (feat. Tumi & DJ Nix’On)

03 – A Mi Lado (feat. Mixcellaneous, Paloma Pradal & DJ Idem)

04 – Your Lovin’ (feat. Anouk Aiata (Railay)

05 – Dem A Wonder

06 – Judgement

07 – Bubblin’ (feat. Anouk Aiata (Railay)

08 – Big Bag

09 – Wobble Ballad

10 – Catalina (feat. Paloma Pradal)

11 – Murda Sound (feat. Miscellaneous, Youthstar, Cyph4 & DJ Idem)

12 – Kung Fu Kick  (feat. RacecaR) – Vinyl Bonus Track

Taiwan MC, Cool & Deadly, Chinese Man Records, octobre 2016.

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Xavier Fluet@GazetteParis

 

 

[1] Marylou Thirache, « Rencontre avec Taiwan MC », popencorne.com. 6 décembre 2014. Lien : http://popencorne.com/rencontre-taiwan-mc/

[2]  Elise, « Taiwan MC : Avant j’étais un branleur ! », sourdoreille.net. 18 juin 2013. Lien : http://sourdoreille.net/taiwan-mc-avant-jetais-un-branleur/

[3] Sébastien Jobart, « Interview : Taiwan MC », Reggae France, 17 mars 2015. Lien : http://www.reggaefrance.com/interview-318-taiwan-mc.html

[4] Ibid.

[5] « Showcase Taiwan MC + DJ set de SOAP », labellevilloise.com, Juillet 2016. Lien : http://www.labellevilloise.com/2016/07/taiwan_mc/

[6] « Interview : Taiwan MC », one-one-six.fr. Lien : http://one-one-six.fr/

[7]  Cf. Note 2.

[8] Cf. Note 6.

[9] Cf. Note 2.

[10]Ibid.

[11] Cf. Note 1.

[12] Ibid.

[13] Cf. Note 2.

[14] Cf. Note 6.

[15] Ibid.

[16] Id.

[17] Cf. Note 3.

[18] Id.

[19] Taiwan MC, Heavy This Year, Chinese Man Records, juin 2013.

[20] Cf. Note 2.

[21] Ibid.

[22] Cf. note 3

[23] Taiwan Mc, Anouk Aiata, One Last Dance, Audiolungus, décembre 2014.

[24] Taiwan MC, Diskodub, Chinese Man Records, décembre 2014

[25] Cf. Note 3.

[26] Ibid.

[27] Id.

[28] Cf. Note 1.

[29] Cf. Note 6.

[30] « Taiwan MC – Diskodub », www.culturebub.com. 04/11/2016. Lien : http://www.culturedub.com/blog/taiwan-mc-diskodub/

[31] Cf. Note 3.

[32] Cf. Note 30.

[33] Cf. Note 3.

[34] Taiwan MC, Cool & Deadly, Chinese Man Records, Octobre 2016.

[35] Notes du livret accompagnant l’album.

[36] Ibid.

[37] Id.

[38] Tai1, Jérome V, « Interview de Taiwan MC : nice and friendly ! » Songazine, 9 octobre 2016. Lien : http://songazine.fr/v2/interview-de-taiwan-mc-nice-and-friendly/

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