Critique Musicale: Sarah W. Papsun – Péplum (2013)

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Genèse d’un palimpseste musical

Sarah W. Papsun. La seule lecture de ce nom couché sur le papier pourrait à elle seule préparer le futur auditeur de l’album Peplum à la découverte d’une œuvre musicale produite pour et par une chanteuse de Pop ou de Pop-Rock mâtiné pour adolescents pré-pubères et boutonneux en pleine crise, ouvrage d’une de ces pseudo-chanteuses dont le seul véritable atout artistique, physique mis à part, et la possibilité de faire carrière résident presque uniquement dans le bon vouloir d’un producteur et dans la maestria avec laquelle celui-ci fera usage d’un logiciel (au combien précieux de nos jours !!!) comme Autotune, avant qu’un nouveau chef-d’œuvre ne vienne trôner comme il se doit sur les étals, polluer les bacs de chez nos disquaires…

Sarah W. Papsun se révèle en fait être non pas une chanteuse prête à nous abreuver d’une nouvelle soupe sirupeuse mais un combo masculin composé de pas moins de six membres. Tout a commencé, comme c’est presque toujours, voire inévitablement, le cas par une rencontre, la rencontre de trois collégiens originaires de Reims à la fin des années 90. De cette première rencontre ne naitra rien de réellement concret. Ce n’est qu’une décennie plus tard que les trois amis ce retrouverons, loin de leurs terres rémoises, à Paris. L’air de la capitale donna manifestement l’envie aux trois jeunes hommes de s’atteler une nouvelle fois à un projet musical et les poussa par la suite à se mettre en quête de musiciens susceptibles comme eux de prendre part à ce  projet tout juste naissant. Si l’on donne foi aux propos rapportés par Clément Gasc dans son interview du groupe réalisée pour le site Agorafrog et publiée le 31 juillet 2012, c’est grâce à Internet, et plus précisément par l’intermédiaire d’un site de rencontres pour musiciens, que le groupe qui deviendrait Sarah W. Papsun a pu finir de se constituer. S’en suivra ensuite le passage par la reprise. Parmi les groupes repris à l’époque par le groupe citons par exemple Led Zeppelin ou autre Radiohead.

Le premier déclic véritable se produira lui un soir, à Oxford, où plusieurs membres de Sarah W. Papsun assistaient à ce qui devait être le dernier concert des Edmund Fitzgerald (Ce groupe se fera plus tard plus largement connaitre sous son nom actuel : Foals). C’est au cours de cette soirée que les musiciens découvrent le style musical qui aller devenir leur référence première et forgerait la matrice de l’identité sonore de Sarah W. Papsun : le Math-Rock[1]. Nous somme en 2008.

Une année sera ensuite nécessaire au groupe pour pleinement maitriser et faire sien ce style découvert en Angleterre, ainsi que pour mettre à profit l’auto-influence de chaque musicien au sein du groupe et de fouler leurs premières scènes. Au rayon des influences, Sarah W. Papsun revendique celles d’artistes ou de genres comme : l’Electro, Jean-Michel Jarre, Vitalic, Steve Reich ou bien encore Slint. Les prestations scéniques du groupe sont quant à elles souvent qualifiées par les observateur de « marathons » servant une musique dérivant d’un intelligent mélange aux sonorités Rock et Electro auquel s’attelle un chant que certains qualifient d’ « atmosphérique ». La qualité des prestations de Sarah W. Papsun se verra entre autre récompensée, toujours en 2008, par la victoire du combo lors de leur participation au tremplin du nom de Fallenfest. Ce tremplin voyait son épilogue au mois de juin de la même année dans la salle de concert parisienne bien connue de La Cigale.

C’est cette victoire au Fallenfest qui en quelque sorte scellera définitivement la volonté du groupe de poursuivre plus avant sur la voie qu’il venait d’emprunter quelques temps plus tôt, et qui le verrait nous proposer ses premiers efforts discographiques.

Les premiers enregistrements

 C’est en 2009 que parait, chez Rabeats Cage Records, le premier effort discographique de Sarah W. Papsun. Le groupe nous livre Bye Bye Teachers un E.P. quatre titres. Cette première incursion sur le marché sera perçue par la critique comme une production musicale virtuose résolument orientée vers le Post-Rock. On y souligne déjà la qualité technique de l’ensemble, qualifiée de « très pointilleuse », s’alignant de pair avec une production elle aussi très efficace. Semblent également se démarquer de l’ensemble, les vocaux.

Le groupe voit quant à lui ce premier E.P. comme une étape obligée, celle de la transition entre le mimétisme des plus fortes influences et l’émancipation des musiciens, la prise de distance par rapport à ces mêmes influences. Ainsi, bien que l’influence du Math-Rock fût encore très présente sur ce Bye Bye Teachers, le titre donné au disque dénotait d’emblée la volonté du groupe de mettre en avant sa propre « patte » musicale pour parvenir au mieux à boucler la boucle de ces premières années de travail.

L’année suivante c’est la parution du single Pay Try qui permettra au groupe de poursuivre sur sa lancée. Ce single sera en effet choisi par le constructeur automobile Citroen comme indicatif musical du spot publicitaire mondial annonçant le lancement sur le marché de la Citroen C4.

En 2011 Sarah W. Papsun publiera, toujours chez Rabeats Cage Records, un second E.P. baptisé Drugstore Montmartre. Tout comme son prédécesseur, lui aussi se voit garni de quatre titres. Ce mini album fût autant remarqué qu’apprécié lors de sa sortie, nombre de critiques remarquant que Sarah W. Papsun possédait l’ADN de la « machine à tube » par excellence. D’après ces critiques la musique proposée sur Drugstore Montmartre lorgne du côté de l’Electro-Rock ou du Rock Progressif. On semble avoir apprécié ce que le Math-Rock a pu apporter de meilleur : la présence de structures musicales des plus élaborées et travaillées, le tout se voyant également agrémenté de passages profondément Pop, hautement mélodiques,  à la fois aériens et planants. Ces impressions des critiques se voient accréditées par l’utilisation faite des claviers et des guitares jugée elle judicieuse. Enfin, fût relevée également la qualité du mixage et de la production réalisés par Pascal Garnon.

Drugstore Montmartre permettra à Sarah W. Papsun d’attirer plus encore l’attention des médias « grand public ». Suite à cette sortie le groupe sera en effet, et plusieurs fois, playlisté sur les radios comme, entre autres, Le Mouv’, France Inter ou encore Oui FM. Notons enfin que le titre éponyme extrait du disque sera lui utilisé pour la confection d’un trailer de l’édition 2012 du tour de France. Autre évènement d’importance ayant eu lieu dans la jeune carrière de Sarah W. Papsun en 2012 : le FAIR. Le groupe en fût en effet lauréat.

Si 2008 marquait les réels débuts du groupe, l’année 2012 marqua elle le début d’une réelle percée, surtout médiatique, et d’un début de succès qui allaient permettre au groupe de commencer à creuser son sillon sur la scène musicale et d’envisager l’élaboration de leur premier opus studio qui ferait office de premier véritable test auprès d’un très large public.

Péplum : entrée dans l’arène

Péplum, premier L.P. de Sarah W. Papsun est donc l’album sur lequel nous allons nous pencher plus avant ci-après. Cet album est sorti sur les plateformes de téléchargement et via le site officiel du groupe le 30 septembre dernier, publié sur le label Diskolandia/Believe. Une sortie physique de ce dernier devrait se concrétiser en 2014.

La plage luminaire de l’opus, At The Disco, s’ouvre sur un très joli gimmick de synthétiseur immédiatement secondé par une ligne de guitare linéaire qu’appuie avec aplomb la batterie. La voix du chanteur, à la fois énergique et plaintive se superpose à merveille aux nappes de claviers très présentes ici. Ce morceau d’ouverture plutôt électro au tempo rapide est également pourvu de chœurs plutôt efficaces en son milieu.

 Arrive ensuite Facination qui, tout comme son prédécesseur, se voit gratifié d’un très accrocheur gimmicks de clavier en introduction. La ligne de basse est très ronde est concorde à une base rythmique certes très carré mais solide. C’est sur le refrain que les vocaux se détachent de l’ensemble de ce titre mid-tempo pourvu d’une progression toute en nuance qui se voit relevée par des parties de six cordes très bien ciselées. On apprécie également le travail porté à la mélodie de l’ensemble.

Lucky Like Stars est vif rapide est plutôt Pop et enjoué. L’efficacité de son refrain est indéniable tout comme le rythme imprimé par les percussions. La ligne de guitare se fait, elle plus discrète est, se faisant, apporte une touche de légèreté, de finesse à ce titre qui demeure l’un des plus accrocheur et séduisant de l’album.

Péplum, le titre éponyme de l’opus, nous donne à apprécier sur sa durée le travail de mise en valeur effectué autour de la voix, celle- ci se détachant sur ce titre plus nettement que sur ceux ayant précédés. Part belle est ici faite à une mélodie profondément Pop empreint de joliesse mais qui ne se dépare pas d’efficacité intrinsèque. Le léger contraste existant entre les couplets et le refrain du morceau est lui aussi plutôt intéressant à l’écoute.

La ballade Brighton Pier se singularise ensuite en offrant une très large place aux vocaux du chanteur et aux nappes de synthétiseur. Un titre qui semblerait quelque peu alambiqué et pourvu d’une ambiance plutôt planante, voir atmosphérique, pouvant rappeler ce que le Rock Progressif a livré de meilleur à une époque. La batterie se chargera ensuite sur la fin du morceau d’imprimé un rythme plutôt pesant.

C’est 5 que nous découvrons ensuite. Voilà certainement l’un des tout meilleur titre de cette livraison, en tout cas l’un des plus rythmé et vif. On est importé par la vivacité des lignes guitaristiques qui se conjuguent à merveille avec une rythmique carrée est lourde. Les vocaux finiront ensuite de nous convaincre du potentiel de cette chanson. Indiquons en complément que ce titre fût l’indicatif sonore de la rubrique « Coming Next » du Grand Journal de Canal + durant une semaine, du 6 au 10 mai 2013.

S’ensuit Paradise Lost, un titre Pop et mélodique qui se déroule sur un mid-tempo. Il est en outre pourvu de jolis trilles guitaristiques et de parties de synthétiseur très présentes, quant à elles, dès l’intro.

Night, premier simple extrait de cet opus, prend la suite. Cette chanson recèle d’excellents chœurs qui se révèlent accrocheurs et servent efficacement la progression interne du morceau. Un rythme soutenu est imprimé à l’ensemble grâce au gimmick délivré par la batterie, contrastant légèrement mais efficacement avec le milieu du titre et son passage plus aérien. Une antépénultième réussie !

Weekenders nous proposent un mixage très en avant de la partie vocale avant que ne se signale un très réussi gimmick à la six cordes, à la fois vif et accrocheur, qui confère à ce titre un coté très Rock avant de se fondre dans une ambiance relevant de la Pop. La coda du titre désarçonne, surprend, et plutôt agréablement, l’auditeur à la première écoute. Si incongrue qu’elle puisse paraitre, voici une indéniable preuve d’originalité.

Kings Of Guerilla, titre originellement présent sur l’E.P. Drugstore Montmartre, vient, et dans une version retravaillée pour l’occasion, conclure avec maestria le premier recueil de titres de Sarah W. Papsun. On est emporté dès le début par ces chœurs vrombissants, cette rythmique puissante et aérienne soutenue par des guitares aux lignes claires et nettes. Le titre est des plus directs et accrocheurs, à l’instar des meilleurs titres, des « hymnes », qui garnissent le répertoire des plus grands groupes de style Pop-Rock. Le contraste subtile mais franc existant entre l’exécution des couplets et du refrain, notamment pour le chant, livre une structure tout en complexité et nuance qui se révèle être une réussite. À ce titre, le milieu de la composition parvient, grâce aux envolées du clavier, à nous rappeler l’ambiance et la structure des morceaux de Rock Progressif. Un titre à l’immense potentiel qui prend toute son envergure lors des prestations scéniques du groupe.

« Sarah W. Papsun c’est volontairement une personne,

On est six mecs et le groupe c’est une personne »

(Guillaume de Sarah W. Papsun)

*****

 Péplum se révèle vite être en disque homogène qui se laissera facilement, voire grandement, apprécier d’un large public. Si l’on est tenté, suite aux premières écoutes, de reprocher à ses géniteurs d’avoir optés pour une production à la fois trop carrée et propre qui confinerait à cette galette un aspect sonore typé « mainstreem » ou « easy-listening » au détriment de sons plus bruts et chauds, plus « roots » et surtout plus Rock, Sarah W. Papsun se définissant lui-même comme un projet Rock, plusieurs écoutes attentives de l’ensemble sauront révélées à l’auditeur la complexité et la richesse intrinsèque de  cet ensemble, comme un palimpseste laisserait découvrir son texte originel. Sous des lignes claires, des joueries Pop classieuses, séductrices et mélodiques, sont présentes de grandes envolées rythmiques, des superpositions d’ambiances, un travail d’orfèvre effectué sur les arrangements polyphoniques, sur les parties vocales, de claviers et de guitares.

En somme un opus qui pourrait plaire sans problème aucun à l’amateur de Pop, de Rock, de Math-Rock, de Rock Progressif ou bien de Disco. Les plus sceptiques quant à eux risqueraient fort d’être séduit par l’extraordinaire énergie déployée par ce groupe sur scène, lieu où s’exprime bien sûr pleinement leur potentiel réel, où celui-ci culmine.

Liste des titres :

  1. At The Disco
  2. Facination
  3. Lucky Like Stars
  4. Peplum
  5. Brighton Pier
  6. 5
  7. Paradise Lost
  8. Night
  9. Weekenders
  10. Kings Of Guerilla

Sarah W. Papsun, Peplum, Diskolandia/Believe, 2013

Xavier Fluet @GazetteParis

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[1] On considère le style Math-Rock comme une résultante ou un sous-genre dérivant tout droit du Rock dit Progressif. Ce dernier se caractérise en premier lieu par l’enchevêtrement de rythmes souvent jugés complexes auxquels se superposent mélodies et riffs particulièrement travaillés.  Notons enfin que nombres de groupes proposant une musique comme celle-ci sont presque exclusivement tournés vers des compositions instrumentales et très expérimentales.

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