Mort de Johnny Hallyday : avec Jean-Claude Camus, tout était possible

Share

Jean-Claude Camus restera comme le grand manageur et producteur de Johnny. Celui des sommets, le Parc des Princes 1993, le Stade de France 1998 et 2009, le 14 juillet au Champ de Mars en 2009. Celui des galères, les tournées des années 80 qui ne remplissent pas, les shows décevants à Las Vegas en 1996, le coma du chanteur en 2009… «Coco», comme le surnomme Laeticia , a accompagné Johnny de 1982 à 2010, s’est brouillé avec lui pendant six ans, s’est réconcilié avec lui, et l’a accompagné jusqu’au bout du chemin.

«Je n’oublierai jamais mon anniversaire, fin octobre dernier, où il m’a fait la surprise d‘apporter un gâteau. Et cette dernière soirée passée ensemble, samedi, grâce à Laeticia, nous a-t-il raconté mercredi après-midi, en larmes, alors qu’il revenait de Marnes-la-Coquette, où il a passé la matinée. Samedi Johnny était alité et très très fatigué, mais très conscient et encore blagueur. Après le dîner avec Laeticia et sa famille, je suis allé lui dire au revoir et il m’a chambré : Tu as une tâche sur ton pull-over. Elle était tellement infime que j’ai mis 10 minutes à la trouver. Johnny m’a épaté une dernière fois.»

LIRE AUSSI DIRECT. Mort de Johnny Hallyday : une pluie d’hommages

Quelques semaines avant la disparition de son ami, Jean-Claude Camus, 79 ans, a raconté dans son autobiographie, «Pas né pour ça», sa «grande histoire» avec Hallyday. Nous l’avons rencontré à cette occasion. « lus que tous les autres artistes que j’ai produits, Johnny est mon frère, enfin mon petit frère, puisqu’il est plus jeune que moi», nous disait-il, ému. Nous avons partagé tant de choses ensemble. Des hauts et des bas, des victoires et des défaites, comme un vieux couple. »

Leur première rencontre a lieu en 1975. Jean-Claude Camus, alors tout jeune producteur de spectacles en Normandie, sa région natale, achète une représentation d’Hallyday sous chapiteau à Rouen. «Ca a dû être un bon souvenir pour lui, car quatre ans plus tard, lors d’un concert de Supertramp à Paris que je co-organisais, Johnny est venu me voir en coulisses et m’a dit : Je viens de virer toute mon équipe. Est-ce que ça te branche de travailler pour moi ?» J’ai aussitôt dit oui. J’en rêvais depuis dix ans».

Pourtant, les premières années ne sont pas les plus faciles car Johnny est dans le creux de la vague. «Ses albums se vendaient moins, mais il voulait que ses spectacles en mettent quand même plein les yeux, comme le concert «Mad Max» en 1982. Johnny a aussi été un des premiers à proposer le même spectacle aussi bien en province qu’à Paris, au risque de perdre de l’argent. C’est pour ça que les fans lui sont si fidèles. Il ne les a jamais déçus en concert.»

LIRE AUSSI Mort de Johnny Hallyday : standing-ovation à l’Assemblée nationale

«Je lui ai donné les moyens de ses ambitions, de ses rêves démesurés»

Camus a fait passer Johnny dans une autre dimension, celle des stades. «Je lui ai donné les moyens de ses ambitions, de ses rêves démesurés. Nous étions aussi fous et exigeants l’un que l’autre. A l’époque, quand on l’interviewait, il disait qu’il m’adorait car je ne lui disais jamais non. Je le lui ai dit une seule fois : quand il a voulu débarquer en hélicoptère au Stade de France. Mais il a contourné mon refus.»

Dans ses souvenirs, Camus ne cache pas «l’enthousiasme légendaire, qui vire parfois à l’aveuglement» tout comme «les crises de mauvaise humeur» de son poulain. «Les stars, ce sont des extra-sensibles, ajoute-t-il. Un mois avant ses retours sur scène à Paris, il refusait systématiquement de me prendre au téléphone. Sûrement par excès d’angoisse. C’est Laeticia qui faisait l’intermédiaire et me rappelait.»

«Contrairement à Michel (NDLR : Sardou, qu’a aussi produit Camus), Johnny n’était jamais en colère mais il vous faisait la gueule, poursuit Jean-Claude Camus. Et contrairement à Michel le solitaire, c’est quelqu’un qui aimait être entouré, qui aimait partager. Mais mon secret de longévité à ses côtés, c’est de ne jamais avoir fait la fête avec lui. J’ai pris une cuite, et ça m’a suffi. Il me disait va te coucher, et je le laissais faire. J’ai toujours voulu le protéger, lui donner tout ce qu’il voulait. C’était un peu un enfant gâté. Mais il me gâtait en retour, comme ce jour où il m’a offert une Harley. Parce qu’il ne supportait plus de me voir avec un vieux scooter à Saint-Tropez.»

«Tout d’un coup, on découvrait que Johnny n’était pas un benêt»

«Ce que l’on sait moins, c’est que Johnny est un grand timide, poursuit Camus. J’ai en tête ce dîner avec Michel Berger à la fin d’un concert au Zénith de Paris en 1984. Hallyday et Berger, face à face, n’avaient pas dit un mot du repas. Il a fallu attendre la fin pour que Johnny se décide enfin à demander Michel, est-ce que vous accepteriez de me faire une chanson ? » Et ce dernier a répondu : Non, Johnny. Pas une chanson. L’album ou rien. » Ce sera «Rock’n’roll Attitude», en 1985, qui relancera la carrière de Johnny. «Au moment où il vivait avec Nathalie Baye, sa rencontre avec Jean-Luc Godard (Ndlr : pour le film «Détective») l’a fait entrer dans l’intelligentsia, se réjouit Camus. Tout d’un coup, on découvrait que Johnny n’était pas un benêt, qu’il était intelligent. Comme si on pouvait durer aussi longtemps sans réfléchir et faire les bons choix… Après, tout le monde voulait être à ses concerts, y compris les présidents de la République. Tous l’ont suivi, Chirac fan absolu, Sarkozy connaissant toutes ses chansons, Macron très ami, avant même d’être élu, par l’intermédiaire de Line Renaud. Johnny, c’est l’emblème national. Producteur de Johnny, cela ouvrait toutes les portes. Autant qu’un chef d’Etat. Après le concert annulé au Stade de France en 1998, le ministre des Transports de l’époque, Jean-Claude Gayssot, avait accepté de faire les places de train à moitié prix pour les spectateurs qui reviendraient.»

Des regrets ? «Je pense que Johnny aurait pu faire une carrière internationale. Il y avait tellement de demandes dans les pays francophones que je ne prenais pas le temps d’organiser des dates aux Etats-Unis. Puis il y eut notre brouille… » Ecarté en 2010 par le producteur Gilbert Coullier, qui a offert une avance de 12 millions d’euros à Johnny pour repartir en tournée, Jean-Claude Camus s’est braqué. «J’ai été si malheureux… Jusqu’au jour où Adeline Blondieau l’a accusé d’agressions sexuelles. J’étais sans nouvelle depuis six ans mais, lorsque BFM-TV m’a appelé, je ne pouvais que le défendre. C’était tellement odieux. Johnny et Laeticia en ont entendu parler depuis Los Angeles. Laeticia m’a envoyé un mot pour me remercier».

«Quelques mois plus tard, elle m’a appelé : Mon coco, je te passe Johnny. Il m’invite à venir le voir le soir-même, en concert à Bruxelles. On s’est retrouvés dans sa loge après, comme si on s’était quittés la veille. J’étais ému aux larmes.» Jean-Claude Camus a fini aussi notre interview les yeux rougis : «Vous savez, Johnny, c’est toute ma vie, toute ma réussite. Je serai éternellement reconnaissant à Laeticia de nous avoir réconciliés.»

You must be logged in to post a comment Login