Turquie : Erdogan évoque l’idée d’un référendum sur l’adhésion à l’UE

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Il espérait le «oui» dimanche – et l’a obtenu. Pour le prochain référendum, c’est semble-t-il du «non» que Recep Tayyip Erdogan se revendiquera. Le président turc, qui a vu ses pouvoirs renforcés dimanche après une victoire à l’arrachée, a en effet évoqué dimanche l’organisation d’un nouveau référendum pour décider ou non de poursuivre les négociations d’adhésion à l’Union européenne.

 

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«Ils nous font attendre à la porte de l’Union européenne depuis 54 ans, n’est-ce-pas ? (…) Nous pourrons aller au-devant de notre peuple, et nous obéirons à sa décision, a lancé M. Erdogan lors d’un discours virulent au palais présidentiel à Ankara. L’Union européenne menace de geler les négociations. A vrai dire, ce n’est pas très important pour nous. Qu’ils nous communiquent leur décision !».

 

Le président Erdogan a placé les relations avec l’UE au coeur de sa campagne référendaire, aux allures de plébiscite. Il a notamment critiqué Bruxelles pour l’absence de progrès dans les discussions en vue de l’intégration de la Turquie, et usé du qualificatif de «nazi» à l’égard de l’Allemagne et des Pays-Bas, qui ont interdit les meetings électoraux aux communautés turques sur leur territoire.

 

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Des négociations au point mort

 

Cela dure depuis plusieurs années : Ankara et Bruxelles semblent se diriger vers un divorce. Seulement, aucune des deux parties ne veut en assumer la responsabilité. Exaspéré par les retards dans ce processus lancé en 2005, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait déjà agité en novembre 2016 le spectre d’un référendum pour laisser son peuple trancher, un moyen de mettre la pression sur l’UE qui ne veut pas rompre avec une Turquie devenue un partenaire clé dans la lutte contre l’immigration clandestine vers l’Europe. Bruxelles et Ankara ont signé en mars 2016 un accord prévoyant une aide totale de six milliards d’euros et l’ouverture de nouveaux chapitres dans le processus d’adhésion. En contrepartie, la Turquie s’est engagée à maîtriser les flux migratoires vers l’Europe, où plus d’un million de réfugiés ont déferlé en un an.

 

L’Union européenne et le Conseil de l’Europe, inquiets, ont appelé dimanche soir à la vigilance. Sur la question des Droits de l’Homme en particulier. «Les amendements constitutionnels, et particulièrement leur application concrète, seront évalués à la lumière des obligations de la Turquie en tant que candidate à l’Union européenne et en tant que membre du Conseil de l’Europe», a expliqué le Conseil de l’Europe dans un communiqué.

 

Le Conseil de l’Europe, qui comprend les 28 membres de l’Union européenne et la plupart des autres pays européens, a signifié à plusieurs reprises à Ankara son inquiétude sur les purges massives déclenchées par le président Erdogan après le coup d’État manqué de juillet.

 

Le retour de la peine de mort, coup fatal ?

 

Une mission commune d’observateurs de l’OSCE et du Conseil de l’Europe a estimé lundi que la campagne pour le référendum s’est déroulée dans des conditions inéquitables. Un constat partagé par l’opposition turque. Ces conclusions ont suscité une virulente riposte de M. Erdogan, qui a enjoint aux observateurs de «rester à leur place», tandis que le ministère turc des Affaires étrangères a dénoncé «une approche biaisée et partiale».

 

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C’est peut-être une autre consultation populaire qui scellera définitivement les relations entre les deux parties. M. Erdogan a en effet affirmé à plusieurs reprises qu’il approuverait le rétablissement de la peine de mort, se disant prêt à tenir à organiser un nouveau vote populaire sur la question.

 

Une telle initiative «constituerait évidemment une rupture avec ces valeurs (européennes) et ces engagements», a mis en garde la présidence française lundi.

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